Courir lentement pour devenir plus rapide
Pourquoi 80 % de ton entraînement devrait se faire en endurance fondamentale — et comment ce rythme tranquille est le secret des coureurs performants à long terme.
La plupart des coureurs amateurs courent trop vite, trop souvent. Pourtant, les études sur la performance en endurance (Seiler & Tonnessen, 2009 ; Esteve-Lanao, 2007) montrent que les athlètes les plus performants s’entraînent 80 % du temps à basse intensité — une allure où tu pourrais tenir une conversation. Ce principe, appelé entraînement polarisé, est la clé pour améliorer ta vitesse de course, ta capacité aérobie et ta résistance à la fatigue.
1) Comprendre l’endurance fondamentale
- Zone cible : 65–75 % de ta fréquence cardiaque maximale (ou RPE 2–3/10).
- Sensation : tu respires aisément, tu pourrais parler en phrases complètes.
- Objectif : développer les fondations physiologiques : mitochondries, capillarisation, enzymes oxydatives.
L’endurance fondamentale (EF) améliore ton efficacité énergétique : tu consommes moins de glycogène et oxydes davantage de graisses à une allure donnée. Ce gain de rendement te permet, à terme, de courir plus vite avec la même dépense.
2) Pourquoi courir lentement rend plus rapide
- Plus de mitochondries : chaque séance lente stimule la biogenèse mitochondriale via l’activation du gène PGC-1α.
- Capillarisation accrue : le sang irrigue mieux les fibres musculaires, optimisant l’apport d’oxygène.
- Amélioration de la filière aérobie : ton corps repousse le “seuil de fatigue” et utilise mieux l’oxygène (VO₂max relative).
- Prévention des blessures : moins de stress mécanique, donc meilleure continuité à long terme.
À l’inverse, courir trop vite use prématurément le système nerveux, fatigue les tendons et limite les progrès sur le long terme.
3) La règle des 80/20 : le cœur de la méthode
Stephen Seiler, physiologiste du sport, a analysé les plans d’élite : 80 % du volume à basse intensité (endurance fondamentale) et seulement 20 % à intensité élevée (seuil, fractionné, côtes).
Cette répartition crée un équilibre idéal : le corps se renforce sans s’épuiser, tout en bénéficiant d’un pic de stimulation via les séances dures.
🎯 Clé : l’intensité ne fait effet que si le corps est capable de la tolérer. L’endurance lente construit cette capacité.
4) Comment calibrer ton allure d’endurance
- Par fréquence cardiaque : entre 65 et 75 % de ta FCmax (ou 75–85 % de ta FC de seuil).
- Par sensation : respiration facile, tu peux tenir une discussion.
- Par test terrain : allure où ton rythme cardiaque reste stable sur 45 min.
La plupart des coureurs découvrent que leur allure EF est plus lente qu’ils ne le pensaient — parfois 1 à 2 min/km sous leur allure habituelle. C’est normal : c’est justement à ce rythme que tu construis ta base aérobie.
5) Exemple d’une semaine polarisée
- Lundi : repos ou footing 45 min EF.
- Mardi : 8×400 m à allure 5 km.
- Mercredi : footing 1h EF.
- Jeudi : seuil 2×15 min (zone 3).
- Vendredi : repos.
- Samedi : sortie longue 1h45 EF.
- Dimanche : 45 min EF + renforcement musculaire.
Sur un total de 6 h d’entraînement, environ 4 h 45 sont à basse intensité (≈ 80 %).
6) Les erreurs fréquentes
- Confondre “lent” et “inutile” : l’endurance fondamentale n’est pas une séance de récupération, c’est la base du progrès.
- Courir toutes les séances “un peu vite” : cela fatigue sans bénéfice réel.
- Négliger la régularité : les effets se construisent sur des mois, pas des semaines.
- Oublier les allures hautes : l’intensité doit rester présente (10–20 %).
TL;DR Pro
- 80 % lent / 20 % rapide : fondation du modèle polarisé.
- Zone EF : 65–75 % FCmax (conversation facile).
- Effets : + mitochondries, + capillaires, meilleure économie de course.
- Résultat : plus d’endurance, plus de vitesse, moins de blessures.
Références
- Seiler, S. & Tønnessen, E. (2009). Intervals, thresholds, and long slow distance: the role of intensity and duration in endurance training. Sportscience.
- Esteve-Lanao, J. et al. (2007). How do endurance runners actually train? Med Sci Sports Exerc.
- Mujika, I. (2011). Intensity and volume distribution in elite athletes. Int J Sports Physiol Perform.
- Maffetone, P. (2015). The Big Book of Endurance Training and Racing. Skyhorse Publishing.
- Daniels, J. (2013). Daniels’ Running Formula. Human Kinetics.